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26 nov. 2007

Christine Barrès réveille les couleurs

Vingt ans à fixer allègrement le miracle des couleurs, la fraîcheur spontanée des formes géométriques. Vingt ans. Toute une vie, ou presque, à jongler avec le couteau et la truelle. Christine Barrès est une artiste, peintre autodidacte, libre de toute influence. Son travail, à la frontière de l’abstrait et de la figuration – «j’aime cette espèce de balance entre les deux» - s’articule autour de formes géométriques. Un carré, puis un autre, et encore un autre. Le trait, s’il apparaît vif et inflexible, s’assouplit sous le jeu subtil des couleurs. «La couleur, c’est mon travail, elle me passionne, je la partage. C’est elle qui donne l’énergie, la fantaisie et la générosité à l’œuvre. Le sujet, au fond importe peu». Christine Barrès a le geste ample et structuré et ne travaille que sur grand format. «C’est là que je me régale le plus, que je m’exprime. Sur du petit, je me sens coincée, étriquée». Strate après strate, les couches successives de couleurs (vives ou en camaïeu) dévoilent le sujet de la toile.
Dans cet éden de couleurs rouges, orangers, fushias ou anis, il fait doux et chaud. De gros fruits, comme deux personnages en tête-à-tête, semblent discuter et partager un bon moment. Les arbres, également sujet récurrent dans ses peintures, accompagnent Christine Barrès depuis le début. «C’est un thème important pour moi. L’arbre représente nos racine profondes, une identité très forte propre à notre terre». C’est d’ailleurs ce qu’elle présentera, au mois de décembre, au château de Labro. «Une histoire de générosité et de dualité entre les gens et leur terre. En quelque sorte, l’Aveyron vu de mon œil d’artiste».

A découvrir dans l’exposition “Partage d’Aveyron”,
du 2 au 20 décembre, au château de Labro à Onet-le-Château.

André Debru : atout fer…

À l’entrée du village des Costes Gozon, le décor est planté. Un décor de fer et d’acier dans lequel des formes insolites se jouent de l’actualité, des couleurs et du temps. Ici, on entre dans le monde merveilleux d’André Debru, ferronnier d’art.
Il y a bien longtemps, la petite forge du village résonnait, transpirait, rougissait à l’instar de ce fer qui (re)prenait vie sur l’enclume. Là, appliqués et méticuleux, l’arrière grand-père, le grand-père puis le père d’Alain Debru exercèrent le métier de maréchal ferrand. C’est dans ce contexte qu’Alain, tout petit, tirait le soufflet de la forge et, surtout, confectionnait, à 11 ans, ses premiers héros de BD. Pourtant, il n’était nullement question de contrarier son père par «l’exercice d’une profession qui ne servait à rien»... Son métier de forgeron se tournerait donc logiquement vers l’activité agricole. Mais ce qui passionnait Alain Debru c’était «l’envie de créer des choses avec du fer». Malgré les contrariétés suscitées auprès des agriculteurs qui perdaient petit à petit leur forgeron, Alain Debru persistera, pour ne se consacrer, depuis 5 ans, qu’à sa passion : travailler le fer. Celui qui a une histoire, qui a déjà servi. «Des objets parfois bizarres ou insolites qui amènent de la variété, de l’originalité dans la construction». Ainsi, dans la vache et le petit veau qui prendront bientôt place à Decazeville, André Debru a utilisé un vrai pistolet ou des outils forgés pendant la Révolution. Des objets qui ont 300 ans, des petits marteaux, des chaînes, des loquets de porte, un fer à mule (plus étroit et allongé que le traditionnel fer à cheval), un fer à bœuf (que les plus jeunes découvrent)…
Dans son atelier où règne une joyeuse pagaille, sa “cuisine” se concentre dans la poêlée de boulons, de ressorts, d’écrins ou de morceaux de métal auxquels il va (re)donner vie. «Ce sont les grosses pièces qui m’ intéressent, celles qui demandent la création de châssis (pour le corps, les pattes), de positionner le corps ou chercher l’épaisseur. Et comme on ne trouve pas beaucoup de vaches disposées à poser durant un mois et demi, je fais à l’œil et ne fonctionne qu’avec des images». Ensuite, l’étape du remplissage est un véritable bonheur. «Il faut aller chercher le fer dans la réserve, le trier, l’étaler par terre ; les quantités sont vraiment impressionnantes». Enfin, l’assemblage aux soudures classiques achèvera un travail laborieux. Quoi qu’il en soit, le résultat est surprenant, les proportions et les volumes respectés, le travail particulièrement homogène. Tout cela pour un ensemble très solide, qui ne demande aucun entretien, sur lequel la rouille apporte une couleur, une teinte, sans en altérer le fer. Et des œuvres qui participent à nous faire rêver en posant un regard désormais différent sur ces morceaux de fer qui encombrent parfois notre quotidien alors qu’ils illuminent celui d’André Lebru…

A découvrir dans l’exposition “Partage d’Aveyron”,
du 2 au 20 décembre, au château de Labro à Onet-le-Château.

Jean-Paul Douziech, Bras de fer avec la matière

Douziech… Voilà un nom de famille typiquement aveyronnais. Et pour cause. Si Jean-Paul Douziech est né à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, toute sa famille est bel et bien originaire de Rodez. D’ailleurs, le sculpteur revient régulièrement dans le département, où vit encore son frère, pour y présenter ses dernières œuvres. Cet été, il était au château de Labro avec «Le carnaval des animaux et autres». «Cette exposition fait suite à ma rencontre avec Jean Rouquet, le propriétaire des lieux. Comme moi, c’est un enfant du pays qui fait son grand retour. Il m’a proposé sa grange, avec ses 500 m2 et ses lustres vénitiens».
Jean-Paul Douziech raconte volontiers qu’il a toujours fait de la sculpture mais que c’est la rencontre avec Dali qui a été déterminante. «Je me suis orienté vers le surréalisme et j’ai travaillé dans trois directions : le bête, l’ego et le labyrinthe». Il travaille à partir d’éléments de récupération : moulure, plâtre, filasse, métal, et tire de toutes ces accumulations un sujet le plus réaliste possible. « C’est un véritable bras de fer entre la matière et la sculpture qui doit avoir une apparence la plus naturelle possible ».
Pour «Le carnaval des animaux et autres», Jean-Paul Douziech a donné naissance à un bestiaire fantastique. Un Kangou-roue : «qui a des roues donc», un B’œuf : «un bœuf qui sort d’un œuf», un Chameau en Espagne dont les bosses se terminent par des tours, y côtoient le Cheval-vapeur, la Chèvre-feuille et le Rhino-féroce. Un bel univers, propre à faire sourire et rêver.

A découvrir dans l’exposition “Partage d’Aveyron”,
du 2 au 20 décembre, au château de Labro à Onet-le-Château.

Gillian Diez ou l’émotion des corps

Une corpulence massive, des cheveux courts, un regard bleu azuré… On imagine plus facilement Gillian Diez avec son micro de rockeur d’In délirium qu’avec son appareil photo. Pourtant c’est bien le second qu’il a eu en premier entre les mains, un boîtier F3 Nikon argentique. À Paris, chez son père, il passe ses vacances à prendre clichés sur clichés. Aujourd’hui pour lui, la photo «est un besoin». Les siennes font notamment l’apologie de la sensualité féminine, mettant en avant les corps : «Être photographié, c’est donner par le corps» explique-t-il. Il désire capter ce que la personne veut bien lui confier : «Ce qui m’intéresse, c’est de construire avec le modèle et d’utiliser comme force créatrice ce qu’elle me donne ou ce qu’elle retient.» Le noir et le blanc qu’il utilise souvent, «facilitent la transmission d’émotions».
Mais Gillian Diez refuse de se laisser enfermer dans un style photographique : «Tout m’intéresse. Je ne suis pas forcément attiré par le nu» assure-t-il. Sa phototèque, avec ses paysages ou photos d’intérieur, dévoile leur florilège d’émotions et de sentiments.
En tous les cas, le visiteur ne peut rester insensible devant les photos de Gillian Diez. Une vraie découverte.

A découvrir dans l’exposition “Partage d’Aveyron”,
du 2 au 20 décembre, au château de Labro à Onet-le-Château.

Gilles Tordjeman

Longtemps, la vie de Gilles Tordjeman a oscillé entre la musique et la photographie. C’est bien la photo qu’il découvre en premier, au cours de son enfance : «l’appareil de mon père me fascinait». Ne supportant pas de se voir sur les photos de famille, il préfère les prendre. À 18 ans, il a son premier appareil, un Zénith russe. Mais la musique devient une sérieuse concurrente. Originaire de la région parisienne, il file chaque mardi soir au centre américain, boulevard Raspail. L’influence est énorme jusqu’à le pousser à devenir enseignant de guitare moderne. Mais Gilles n’a «pas l’impression d’apporter un plus au morceau que ce qui avait été fait». En 1990, la photo reprend définitivement le dessus ; il s’installe à son compte. Ce qu’il recherche dans l’image, c’est la vie. Il la trouve dans un premier temps dans les paysages dont il s’imprègne, sans réfléchir, pour en restituer l’émotion. Et puis son travail va s’orienter vers les personnes afin de puiser cette spontanéité vivifiante, pas forcément «liées à l’esthétique». Lui qui au départ aimait le refuge qu’était le noir et blanc a appris à découvrir les couleurs brutes, un peu comme celles des tableaux de Miro. Gilles Tordjeman aime donc travailler ces couleurs, souvent primaires, pour faire ressortir l’intensité des émotions. L’effet est souvent…instantané. Lui qui avoue avoir trois passions dans sa vie, la cuisine, la musique et la photographie aura eu la chance d’en faire son métier à chaque étape différente de sa vie... même si c’est son appareil photo qui « l’a amené à faire des trucs incroyables » tels par exemple un périple au Rwanda, pays des mille collines d’une intense beauté, un autre au Japon...
Mais ce que vous propose Gilles Tordjeman, au cours de cette exposition sur le thème de “Partage d’Aveyron”, ce sont des images de paysages aveyronnais sublimés par son œil et son objectif. Que ce pays est beau !

A découvrir dans l’exposition “Partage d’Aveyron”,
du 2 au 20 décembre, au château de Labro à Onet-le-Château.